Noël en Provence… ne commence pas à Noël! mais quatre dimanches avant, avec la période de l’Avent. Voyons donc comment les Provençaux vivaient ces moments.

L’AVENT

Le mot Avent, vient du latin Adventus et signifie Avènement. C’est une période de préparation à la naissance de Jésus qui autrefois était un temps de pénitence, tout comme le carême, son équivalent de Pâques. En Provence, il arrivait qu’on l’annonce au son des instruments dans les rues et on préparait à la maison une couronne de feuilles vertes, garnie de quatre bougies. Chaque bougie représentait un dimanche et on les allumait une par une à mesure que se déroulait l’Avent. C’est une période joyeuse, malgré l’abstinence, car on sait qu’un Sauveur va naitre (et le dernier dimanche de l’Avent est aussi le solstice d’hiver). Le premier dimanche, on préparait la crèche dans la plupart des familles (c’est ce que faisait ma grand-mère née en 1913 et son père avant elle), mais une autre tradition veut qu’on ne fasse la crèche que la veille de Noël. Pour ma part, je n’imagine pas un Avent sans crèche…mais je ne suis pas objectif!

LA SAINTE BARBE

C’est le jour de la sainte Barbe, le 4 décembre, que l’on sème le blé dans trois coupelles (3 comme la Trinité): on met un peu de coton au fond des coupelles, on ajoute le blé sur une seule couche, mais le plus serré possible. Arroser régulièrement. C’est en général la « chasse gardée » des enfants.

Si le blé est droit et bien vert pour Noël, c’est un signe de prospérité pour l’année qui vient, selon le proverbe: « blé bien germé, prospérité toute l’année ».

On peut, selon la Tradition, décorer sa table des treize desserts avec ce blé qu’on aura pris soin de nouer avec un beau ruban.

Après la fête, on peut garder le foin pour garnir la crèche de l’année suivante, mais certains préfèrent le planter dans le jardin pour avoir de nouveaux grains à l’été. La superstition voulait qu’il protège des orages et soit le gage des bonnes récoltes futures.

LA SAINTE LUCE

Le cheminement continue avec la Sainte Luce, le 13 décembre. Les jours commencent à rallonger et à partir de cette date, que l’on appelle aussi fête de la Lumière, on illumine les balcons de lanternes pour fêter ce retour du soleil et ce renouveau prometteur. Selon le proverbe « à la Sainte Luce, les jours s’allongent d’un saut de puce ». C’est aussi à partir de cette date que les anciens observaient le temps chaque jour jusqu’à Noël, car le climat des 12 jours qui précèdent Noël est sensé indiquer le climat des 12 mois de l’année.

LA VEILLE DE NOEL

Le 24 décembre, le grand soir est imminent et on passe la journée à tout préparer. Avant que le sapin de Noël ne soit importé « du Nord » en 1842, on décorait des branches de Lauriers-tin de rubans et de gâteaux secs (parfois d’oranges pour les plus chanceux). La Tradition de l’arbre de Noël est un rite païen Nordique christianisé importé fort tard en Provence. On choisissait le Laurier-Tin car il fleurit en Hiver et son feuillage est toujours vert. Le houx était aussi très prisé pour cette même raison et ses boules rouges sont du meilleur effet au cœur de l’hiver. On en accrochait un brin au dessus de la porte d’entrée.

La veille de Noël on préparait aussi le « gros souper » que l’on consomme avant la messe de minuit. Il y a tout un cérémonial à respecter: On commence par poser sur la table une grande nappe blanche. Le jour de Noël, on en posera une plus petite dessus et le lendemain, une troisième plus petite encore. Ensuite on dispose les trois coupelles de blé, trois bougies et les plus beaux couverts. Il était de rigueur de prévoir la place du pauvre qu’on a eu tort d’oublié de nos jours.

Ensuite, on prévoyait sept plats (certains préparés plusieurs jours avant!) avec les ingrédients locaux et représentant les 7 sacrements ou les 7 plaies du Christ sur la croix ou encore les sept douleurs de la Vierge. Mais il était indispensable qu’y figurent les cardes, les escargots, du poisson (morue ou muge), des céleris, des pois chiches et du fromage. Le pain est un pain spécialement fait pour l’occasion: il est rond avec une croix dessus, on ajoutait aussi parfois douze autres pains plus petits, représentant ainsi Jésus et ses apôtres. A chaque plat, un vin différent (du moins pour les plus riches) et enfin, les fameux treize desserts.

Ces treize desserts (symbolisant aussi le Christ et ses douze apôtres) restaient sur la table pendant trois jours (il fallait prévoir la quantité à cause des enfants qui trainaient souvent autour!). Les ingrédients, comme ceux des plats, n’étaient pas fixés et dépendaient du lieu, mais on y retrouvaient souvent: les figues sèches, amandes, noix et noisettes, le raisin d’hiver (un raisin qu’on à suspendu et qui a confit tout seul), le melon, les poires et pommes, le nougat maison, la pâte de coing, la pompe à huile ou le gibassier selon l’endroit (un gâteau à base d’huile d’olive) et les oreillettes (pâte qu’on passe à la friteuse et dans le sucre). Le vin cuit était de rigueur, même chez les pauvres.

Comme on voit, le symbolisme était très présent dans ce cérémonial et permettait de se souvenir tout autant que d’actualiser le Mystère de Noël. Ainsi, les chiffres 13, 7 et 3, mais aussi les ingrédients comme les figues sèches représentant les Franciscains, les raisins secs représentant les Augustins, les amandes les Dominicains et les noisettes les Carmes. La couleur de l’ingrédient commandait sa correspondance avec la couleur des robes des religieux ainsi conviés à la table de tous. Aujourd’hui encore on trouve facilement des « mendiants », confiserie au chocolat contenant ces fruits secs.

LE « CACHO FIO »

En construction